Edito N1 – La rencontre

Pour ce premier numéro, la rencontre paraît être un sujet pertinent. Seulement voilà, c’est un vaste sujet. En quelques lignes la rencontre selon White Hole.

La rencontre c’est une histoire de confrontation. La confrontation avec la différence. Les différences génératrices d’identités. Identités en fabrication, des richesses partagées.

En tant qu’individus nous évoluons dans un milieu dont les codes nous ont été transmis tout au long de notre vie. Cet apprentissage est continu et bien souvent inconscient, c’est notre milieu qui nous donne la capacité à décoder et comprendre notre environnement. Ainsi se développe ce que l’on pourrait appeler un territoire mental qui nous apparaît comme fini, ayant des limites. La rencontre c’est le moment où ces limites s’entrechoquent avec d’autres.

Les territoires se croisent, se développent, se rétractent, se mêlent, alors l’horizon s’ouvre.

Mais la rencontre demande un minimum d’effort, car nous ne disposons pas des codes de l’autre, notre regard étant orienté par nos acquis, notre regard peut être aveugle à l’autre. Il nous faut mettre de côté notre jugement, et nos valeurs pour pouvoir ouvrir notre regard.

Il faut savoir se créer un espace libre où les connaissances et le savoir sont non applicables.

Comment communiquer sans partager les mêmes codes ? L’enjeu n’est pas tant de comprendre que d’apprendre et d’échanger encore et encore.

Communiquer avec quelqu’un c’est tenter de lui exposer son idée le plus clairement possible. Dans ce processus le premier individu est amené à repenser son discours de façon à le rendre compréhensible. Il le réinterprète. C’est une première étape d’auto-apprentissage. La volonté de partager le pousse à se détacher de son idée, la prendre entre ses mains, la tourner, la retourner, la palper comme pour prendre connaissance de ce qu’il passe à d’autres mains.

Le second individu qui reçoit cette idée va sentir des reliefs différents en la manipulant, sa perception sera différente, ses mains n’ont pas été façonnées de la même manière que le premier individu. A partir de sa perception et des codes qui lui sont propres, il va développer une nouvelle interprétation. C’est une seconde étape d’apprentissage à travers l’autre.

La communication est comme une boucle qui s’enrichit et se complexifie à mesure que de nouvelles interprétations entrent dans le cercle.

Partager ouvre de nouvelles possibilités, développe une structure parallèle qui relie des individus, leur permet de construire de nouveaux codes.

Par exemple, la Biennale de Venise est un évènement culturel et artistique basé sur la rencontre de différents pays qui se rassemblent autour d’un thème. Pourquoi ce rassemblement a-t-il toujours autant de succès ? L’idée d’exposer pour représenter un pays n’est elle pas dépassée à l’heure de la « globalisation »? La force de cette manifestation c’est justement d’exposer des pays. Les artistes fabriquent ainsi un réseau d’interprétations du même thème dans lequel on peut circuler. Une fois assemblées ces interprétations forment un paysage des préoccupations actuelles de notre société à cet instant.

« The assumption that in the longer run we’re moving to ever more homogeneity, that cultural, religious, and political differences will be absorbed by this global melting pot of connectivity ans economic interrelations is being challenged by recent developments. At present it looks more like the global economic system itself needs these tensions and contradictions to fintion ; that « smooth » space is not a real option. »

Ole Bouman « Nation versus State » Volume N 41 2013, Stichting Archis

La rencontre s’est vouloir se confronter à soi-même, apprendre de l’autre.

written by Laure Capdevielle and Jihoon Yoo

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